LA POLITIQUE A T-ELLE UN AVENIR ?

PREMIER"CAFE CITOYEN" ORGANISE A L'INITIATIVE DE "CROISSY AUTREMENT"

Jeudi 27 juin 2002.

(Restaurant-Pizzeria Da Biagio)

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Emmanuel Kessler (animateur)

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Dans une ambiance détendue, l'objectif de ce premier "café citoyen" était d'engager une discussion libre sur les événements politiques qui ont marqué le premier semestre 2002. L'abstention électorale record, notamment chez les jeunes, et le vote Front national, ont constitué une interpellation pour chacun. Il s'agit bien d'un symptôme de la crise de la politique ou plutôt du rapport entre les citoyens et la "chose publique". Si cette crise n'est pas nouvelle ,elle remonte au début des années 80, elle n'a, semble-t-il, cessé de s'aggraver.

La première partie de la discussion a été consacrée à dresser un état des lieux, à établir un diagnostic sur certains des maux de la société française et des travers de la vie politique :
- individualisme exacerbé et repli sur la défense de ses intérêts immédiats et personnels (de ce point de vue, le discours actuel sur la proximité et le terrain est ambigu car il peut aussi accentuer la tendance au renfermement) ;
- dévalorisation du travail, notamment chez les jeunes, de plus en plus tournés vers la recherche de la consommation de loisirs ;
- absence de projet collectif mobilisateur (l'Europe n'a malheureusement pas joué ce rôle) ;
- absence de débat de fond lors de l'élection présidentielle : la communication a occulté les enjeux.
- effets pervers des 35 heures : réforme vécue comme décrétée d'en haut et qui a surtout profité aux cadres, accentuant finalement la fracture entre différentes catégories de salariés.
- effet de la cohabitation qui a brouillé la perception du clivage entre la droite et la gauche.

A travers les échanges, ont été dégagé un certain nombre d'enjeux qui devraient être au cœur du débat politique :

- le rôle des partis politiques : quel doit être le positionnement, non seulement tactique, mais idéologique, du parti socialiste ? La démocratie française peut-elle s'organiser comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, autour de deux grandes formations, l'une sociale-démocrate, l'autre libérale ? Doit-on au contraire conserver une gauche plus radicale et populaire, représentative des mouvements sociaux ?
- Le rôle de l'Etat, qui doit se réformer lui-même mais aussi trouver une autre manière de réformer.
- La dialogue Nord-Sud ou Est-Ouest, très absent d'un débat public qui demeure très "franco-français".

Reste la question : comment faire pour redonner du sens à l'action politique et rendre aux citoyens le goût du "collectif". En vrac, quelques pistes et propositions ont été avancées :

- Continuer à agir pour l'intégration sociale des exclus.
- Promouvoir l'expertise éthique des entreprises, mais aussi des collectivités publiques, sur le modèle de ce qu'est en train de créer Nicole Notat (agence de notation des entreprises sur des critères éthiques).
- Réformer le fonctionnement des entreprises pour mieux associer les salariés et développer un système de notation sociale. Créer des solidarités tout au long de la vie, entre générations, y compris dans l'entreprise
- Les partis traditionnels étant dépassés, il faut inventer de nouveaux outils pour intéresser les jeunes à la chose politique et essayer de leur transmettre des valeurs. "Ce n'est pas les jeunes qui ne s'intéressent pas à la politique, c'est la politique qui ne s'intéresse pas à eux". Le mouvement associatif est un bon modèle pour mobiliser.
- S'attaquer au fonctionnement de l'Etat et à la question tabou du statut et du nombre des fonctionnaires (si une entreprise parvient à réduire de 10% ses frais généraux, pourquoi pas l'Etat, qui pourrait alors consacrer les budgets économisés à des secteurs prioritaires comme la justice ou l'éducation). Instituer des passerelles entre la fonction publique et le privé, dans les deux sens bien-sûr.
- Réformer les institutions et aller vers une sixième République qui redonne sa place au Parlement, sans retomber dans le "régime des partis". L'élection du Président de la république au suffrage universel devrait être remise en cause car elle conduit à organiser toute la vie politique autour de cette course qui se résume à des enjeux de pouvoirs personnels. Rendre le vote obligatoire et reconnaître simultanément le vote blanc.

En conclusion, un participant a souligné le manque de visibilité de l'époque, le manque de vision à long terme donnant un "fil directeur". On est dans une période de "redistribution des cartes" pour la société et la politique, mais on manque de discours visionnaires et les intellectuels ne jouent plus suffisamment leur rôle.