Lettre ouverte adressée à Monsieur le Maire par deux de nos adhérents le 18 octobre 2005

Servitude de passage avenue des Tilleuls.

Lors d'une récente délibération, !e conseil municipal avait décidé de céder une parcelle du domaine communal, située en bord de Seine, entre l'avenue des Tilleuls et la berge de la Grenouillère, à l'extrémité de l'avenue du Colifichet. Cette parcelle avait été cédée à un particulier, en vue d'une construction de maison individuelle

Sur le fond, cette délibération nous semblait contestable de plusieurs points de vue:

- Historique : Cette décision va à rencontre des proclamations et références constantes au " Pays de l'Impressionnisme " et aux subventions votées à l'association des "Amis de la Grenouillère" : la trace du " Camembert " des Impressionnistes est située quasiment en face : ce souvenir, même ténu, méritait plus d'égards.
- Paysager : Même délaissée par la commune depuis 66 ans, cette parcelle participait au paysage fluvial de Croissy : cette percée vers la Seine, dans l'axe de l'avenue du Colifichet devait être préservée. D'autant que c'était quasiment le dernier fragment de berge non construit .
On peut s'étonner que cette opération soit menée simultanément avec la relance des études sur une nouvelle ZPPAUP.
- Foncier : le patrimoine foncier communal est déjà très réduit, pourquoi le réduire encore ?
- Juridique : cette parcelle n'est-elle pas une donation (ou une dévolution ?) faite vers 1939 par les copropriétaires riverains de l'avenue du Colifichet ; à charge pour celle-ci de préserver la vue et l'accès à la Seine? Par ailleurs, même vendu au prix des Domaines, ce terrain n'aurait-il pas dû faire l'objet d'une procédure publique de mise en vente qui aurait évité en outre, le renouvellement de certains procès d'intention?
- Pratique : peu utilisée parce que délaissée par la commune, cette parcelle, réaménagée correctement, aurait permis de retrouver un accès piéton vers le
fleuve . Ceux-ci ne sont déjà pas assez nombreux; pourquoi jeter ce bébé trop longtemps négligé avec l'eau du bain de la cession du patrimoine?

Pour avoir assisté à cette réunion du Conseil Municipal, nous croyons nous souvenir que la cession et l'autorisation de construire devaient se faire sous réserve de maintenir une servitude de passage public sur le terrain cédé. Déjà contestable sur le fond, la délibération semble avoir été partiellement détournée dans sa forme, puisque l'application de cette clause paraît aujourd'hui remise en question.

En effet, rien dans le permis de construire accordé aux heureux acquéreurs, ni sur le chantier en cours, ne permet de distinguer un quelconque passage public dans l'emprise de cette parcelle. Pourtant, selon Monsieur Ghipponi, maire adjoint à l'urbanisme, cette servitude existe, et figurerait même sur l'acte de vente notarié : il n'y aurait qu'à s'en remettre aux constructeurs. Nous nous étonnons que ce permis, dans lequel l'intégration de la boîte à lettre fait l'objet d'un paragraphe détaillé, ne mentionne pas cette disposition. On a connu le maire adjoint à l'urbanisme plus exigeant dans l'instruction d'autres permis de construire, situés parfois dans des secteurs pourtant moins sensibles.

Nous nous permettons donc d'attirer votre attention sur le risque de dérive qui semble poindre, d'autant que ce même endroit a déjà eu à souffrir de la construction malheureuse d'un mur édifié quasiment sur le domaine public ; là aussi, au mépris de l'histoire et du paysage (1)...

Nous vous savons à l'écoute de tous les Croissillons ; c'est la raison pour laquelle nous ne doutons pas de l'attention que vous porterez à ce courrier, et vous prions de croire, Monsieur le Maire, en notre haute considération.

S. Gazzal, JJ.Gaucher

(1) Ce n'est pas le dérisoire trou percé dans ce mur qui a réparé cette atteinte, comme la boite aux lettres "intégrée" ou des marches en rondins ne pourront minorer l'impacte du futur bâtiment à cet endroit.